Braudel’s Nightmare

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29 septembre, 2007

L’injure facile

Classé sous Arguments — parcelle521 @ 12:16

Etrangement, les attaques contre la pétition se sont presque entièrement concentrées sur un seul et unique argument: les pétitionnaires seraient des « nantis »; leur réticence vis-à-vis du déménagement précipité en septembre 2008 à Aubervilliers s’expliquerait par leur habitus de classe, bourgeois.

banquierdaumier.jpg1) Les pétitionnaires sont des nantis – Sans doute est-ce là, en effet, une qualification qui peut convenir à un certain nombre d’entre eux: directeurs d’études à l’EHESS ou directeurs de recherche au CNRS dont certains (mais c’est loin d’être le cas de tous) ont leur demeure au cœur de Paris et dont les revenus peuvent dépasser 4000 euros par mois. Cependant, le qualificatif s’applique déjà avec plus de difficultés aux maîtres de conférences de l’EHESS et aux chargés de recherche au CNRS, qui représentent pourtant plus du tiers des signataires, et dont les revenus oscillent généralement entre 2000 et 2500 euros par mois. Et que dire des ITA EHESS et CNRS qui représentent près de 30% des signataires? Parmi eux/elles, certain-e-s touchent entre 1000 et 1200 euros par mois. Beaucoup vivent en moyenne ou lointaine banlieue. Que dire enfin des doctorants qui ont signé la pétition? Certains, n’ayant pas la chance d’avoir une allocation de recherche, vivent de petits boulots et de l’aide de leurs parents. Des « nantis »?

marionnettes1172250740.jpgSi certains opposants à la pétition appliquent indifféremment cette qualification de « nantis » à ceux à qui, à la limite, elle pourrait s’appliquer et à ceux (qui sont la majorité des pétitionnaires) pour qui elle est tout simplement inadéquate (voire dans certains cas, proprement scandaleuse), n’est-ce pas parce qu’ils tendent à considérer les seconds comme quantités négligeables ? Ou comme signataires manipulés (ce qui revient à leur dénier l’autonomie de jugement qu’ils s’attribuent si généreusement à eux-mêmes)? Il se pourrait finalement que ceux qui manifestent le plus grand mépris social à l’égard des moins bien lotis soient ceux-là même qui, en les rangeant du côté des « nantis », estiment implicitement que leur opinion, soit est nulle et non avenue, soit ne peut pas être considérée comme le fruit d’une pensée autonome.

privileges.jpg2) Les pétitionnaires n’ont aucun sens de l’intérêt général – On suggère que les enseignants-chercheurs hostiles au « déménagement précipité » à Aubervilliers sont « comme par hasard » ceux qui bénéficient actuellement de mètres carrés et de confort au sein de l’EHESS. Egoïstement, ces privilégiés ne voudraient pas « lâcher » les bureaux qu’ils occupent, se montrant, en cela, particulièrement peu solidaires avec le sort des moins chanceux de leurs collègues qui ne bénéficient pas, actuellement, de bureau ou doivent le partager avec d’autres, dans une promiscuité qui rend leur travail pénible et difficile. Pourtant, parmi les enseignants-chercheurs signataires, un certain nombre n’ont pas, eux-mêmes, de bureau et travaillent chez eux. D’autres ont un bout de bureau qu’il leur faut partager. Comment expliquer que la promesse des mètres carrés qui les attendent (leur dit-on) à Aubervilliers, ne les séduise pas plus? Comment osent-ils cette « insulte aux sans abris, sans papiers et autres sans emplois » (sic) qu’est le refus de ces mètres carrés qui leur tendent les bras? C’est peut-être qu’ils considèrent que leur outil de travail ne se résume pas à la possession de mètres carrés mais comprend aussi, par exemple, un accès aisé à des bibliothèques. C’est peut-être aussi que s’ils jugent le projet « final » d’Aubervilliers discutable (au bon sens du terme), ils trouvent en revanche le projet « déménagement précipité » d’Aubervilliers indiscutablement dangereux pour l’institution. Et si, au fond, ces personnes-là avaient elles aussi un certain sens de l’intérêt général de leur institution?

artofselfishness.jpgCela pourrait expliquer que des chercheurs-enseignants de l’EHESS qui ne sont pas eux-mêmes directement concernés par le déménagement précipité à Aubervilliers (comme par exemple certains membres des antennes de l’EHESS à Marseille ou à Toulouse) aient néanmoins signé la pétition. Cela pourrait expliquer, de même, la signature de chercheurs étrangers et d’universitaires français extérieurs à l’établissement. Rabattre systématiquement la signature de la pétition sur la défense d’intérêts personnels serait alors une façon de dénier que certains signataires, pour ne pas dire tous, puissent être attachés à l’institution pour des raisons pas seulement matérielles, qu’ils puissent l’aimer et s’inquiéter légitimement pour son avenir.

mtro.jpg3) Le projet d’Aubervilliers est « social » – Des personnes qui habitent à une heure au sud de Paris en mettront dorénavant presque deux pour venir travailler. Si ce sont des personnels administratifs (IATOS par exemple), accomplir tous les jours ce trajet sera obligatoire. De leur côté, nombre d’enseignants-chercheurs prévoient déjà, même parmi les plus favorables au projet « final » d’Aubervilliers, de ne venir que certains jours à leur bureau. Certains ne viendront pratiquement jamais: ils le laissent d’ores et déjà entendre (lors même que parmi eux, certains se déclarent favorables au déménagement envisagé !). Tout ceci n’invalide nullement, en soi, le projet d’Aubervilliers. Mais cela jette néanmoins un sérieux doute sur l’idée qu’un tel projet serait particulièrement « social »: il a toutes les chances d’accroître au contraire les disparités entre les types de personnels.

Quant à l’idée (entendue ici ou là) que la présence de l’EHESS dans cette zone d’Aubervilliers, va créer une synergie avec les milieux populaires des alentours et ainsi, « rapprocher les sciences sociales des banlieues » (sic), on peut en douter pour la simple raison que, pour l’instant du moins, la zone ne comporte pas, à proximité, d’habitants, mais presqu’exclusivement des entrepôts. Seule une politique active, si tant est qu’elle soit judicieuse, pourrait permettre ce genre de dynamique entre l’EHESS et son nouvel environnement. Dans cette perspective, l’exemple de Sciences-po semble bien plus probant: permettre, dans un premier temps, à des jeunes issus des « banlieues » de venir étudier dans le cœur de Paris, et mieux encore, dans un quartier où se concentrent les pouvoirs politiques et intellectuels ; puis, dans un second temps, établir une extension (et non pas: déménager) dans une commune de la banlieue parisienne, afin de fortifier ce lien.

Conclusion – Peut-être est-il temps d’arrêter les injures de classe à l’égard des pétitionnaires, injures qui masquent mal, en l’occurrence, l’absence d’arguments en faveur du déménagement précipité à Aubervilliers dès septembre 2008. 1) Les caractéristiques socio-économiques des signataires de la pétition ne sont en rien différentes de celles des opposants à la pétition. On trouve, chez les pétitionnaires, multitude de gens qui gagnent moins de 1500 euros par mois et ont à subir quotidiennement plus de deux heures de transport pour rejoindre leur lieu de travail et en revenir. De même trouve-t-on, chez les opposants à la pétition, un grand nombre de directeurs d’études de l’EHESS ou de directeurs de recherche au CNRS qui vivent très confortablement et ont des habitudes de consommation des plus bourgeoises. 2) Les signataires de la pétition ont, au moins autant que leurs opposants, un sens de l’intérêt général de l’EHESS et un sens de leur responsabilité vis-à-vis de l’avenir de cette institution. On peut désapprouver leur démarche: on ne saurait pour autant, sans les insulter, nier qu’ils puissent être animés, non seulement par des intérêts matériels personnels (comme c’est aussi le cas, au demeurant, des opposants à la pétition) mais encore par une réflexion sur ce que doit être l’EHESS. 3) Les signataires de la pétition ont, au moins autant que leurs opposants, une sensibilité aux problèmes sociaux, qu’il s’agisse, à l’intérieur de leur établissement, de la disparité des conditions de vie et de travail entre les personnels ou, à l’extérieur, de la relégation qui frappe les habitants d’un certain nombre de communes dites de « banlieue » et grève le destin de leurs enfants.

CL

17 septembre, 2007

La future EHESS ?

Classé sous Données — parcelle521 @ 13:28

img5778.jpgimg5783.jpgimg5798.jpgimg5782.jpg

Les rues alentour

Classé sous Données — parcelle521 @ 13:21

img5803.jpgimg5802.jpgimg5793.jpgimg5794.jpg

Ce qu’il y a à côté du futur bâtiment

Classé sous Données — parcelle521 @ 13:11

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Ce qu’il y a en face

Classé sous Données — parcelle521 @ 13:10

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La rue Waldeck Rochet

Classé sous Données — parcelle521 @ 13:10

img5791.jpgimg5792.jpgimg5790.jpgimg5800.jpg

A ceux qui dramatisent

Classé sous Données — parcelle521 @ 12:50

img5789.jpg

Pour se rendre de l’actuelle à la future EHESS, c’est pas bien compliqué : il faut prendre la ligne 12 du métro jusqu’au terminus Porte de la Chapelle (22 mn). C’est direct !!

Puis il y a le bus 552.

Bon, c’est vrai, comme l’indiquent les horaires de la RATP, ce bus-là ne circule pas le samedi. Et alors? Il suffira de mettre un terme à la coutume désuète qui voulait que l’établissement ouvre le samedi matin. Qui s’en plaindra?

Le dernier bus 552 passe à 21h. Quel est le problème? A cette heure-là, la nouvelle EHESS, comme son quartier d’élection, seront déjà déserts.

Le trajet depuis la porte de la Chapelle est évalué par la RATP à 15 minutes. C’est quand même pas si terrible ! (D’accord, c’est une estimation qui dépend un peu du trafic. Mais bon…)

img5787.jpgIl y a un bus 552 qui passe toutes les 9 mn !

C’est vrai que c’est seulement entre 8h20 et 9h50. (Le reste de la journée, le temps d’attente peut aller jusqu’à 15 mn.)

Le trajet du Boulevard Raspail à la future EHESS sera donc compris entre 37 et 52 mn !

(Bon, c’est vrai que c’est une estimation minimale.)

Cela signifie qu’il n’y aura jamais qu’une toute petite heure de transport en commun entre le lieu d’enseignement (105 bd Raspail) et le lieu de recherche (parcelle 521), soit environ 3h45 de transport en commun par jour pour un chercheur qui aurait deux séminaires à donner, l’un le matin, l’autre l’après-midi et souhaiterait, entre les deux, retourner travailler à son bureau.

 Alors, est-ce vraiment nécessaire d’en faire tout un plat?

 

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