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10 décembre, 2007

Sciences sociales et humaines, ne les chassez pas de Paris !

Classé sous Arguments — parcelle521 @ 17:31

Tribune parue dans Le Figaro du 15 novembre 2007

theheartofpariswhere.jpgC’est avec incrédulité et tristesse que nous avons appris que deux institutions de recherche françaises qui nous sont chères, l’Ecole pratique des hautes études (EPHE) et l’Ecole des hautes études en sciences sociales (l’EHESS), sont sur le point d’être poussées en dehors de Paris et regroupées sur un site qui, de toute évidence, n’a pas été prévu pour les accueillir. Les conséquences à moyen terme de ce transfert improvisé ne font guère de doute: privées de l’aliment qu’a toujours constitué pour ces deux Ecoles le tissu urbain riche en connexions intellectuelles et en bibliothèques où elles se sont développées, elles seront affaiblies sur le plan international, et perdront sans doute certains de leurs plus brillants représentants au profit d’universités hors de France.

C’est aussi l’oxygène que leur apportaient d’intenses échanges internationaux et l’accueil de nombreux chercheurs étrangers – dont nous avons été – qui va se raréfier. On en pensera ce qu’on veut, le fait est là : ces deux établissements, lorsqu’ils ne seront plus implantés dans le cœur de Paris, auront perdu de leur attractivité et de leur prestige aux yeux des universitaires du monde entier. Et cela, d’autant que les conditions matérielles et organisationnelles de leur créativité ne seront plus assurées.

students.jpgDans la compétition sans merci que se livrent aujourd’hui les institutions de recherche au plan international, rien ne peut être négligé pour attirer à soi les meilleurs chercheurs et les meilleurs étudiants: les performances scientifiques et la qualité de l’enseignement bien sûr, mais aussi les salaires, la concentration des ressources, les facilités de déplacement, le caractère convivial des lieux. L’EPHE et l’EHESS possèdent, en la matière, un certain nombre d’atouts. Qu’en restera-t-il demain ?

Les grandes métropoles européennes révisent aujourd’hui leur politique d’installation des grandes institutions de recherche dans les périphéries des villes : elles tentent de rapatrier leurs campus universitaires au centre de la ville, ayant compris tout ce que les premiers peuvent apporter au dynamisme de la seconde, et vice versa. Curieusement, le déplacement qui est envisagé irait à contre-courant du mouvement actuel.

stanfordcampus.jpgCertains diront que tout cela n’est pas notre affaire puisque nous ne sommes pas des contribuables français. Nous pensons au contraire que ce qu’on s’apprête à faire à l’EPHE et à l’EHESS, et plus largement, aux institutions françaises de recherche et d’enseignement supérieur, nous concerne tous. Après tout, les pays qui, à travers le monde, ont réussi à développer des politiques ambitieuses en matière de sciences sociales et humaines, sont très peu nombreux. La France a bien réussi depuis le XIXe siècle dans ce domaine, tout en se tenant toujours éloignée du modèle du campus américain. Ce qu’elle est parvenue à bâtir, en inventant son système de développement propre, constitue un patrimoine intellectuel mondialement reconnu. L’EPHE et l’EHESS en sont de brillants exemples : les travaux profondément originaux, libres et féconds qui s’y sont développés depuis plusieurs décennies, n’ont cessé de stimuler notre réflexion comme celle de milliers de chercheurs et d’étudiants à travers le monde.

univchicago.jpgNous savons qu’un certain anti-intellectualisme est à la mode aujourd’hui en France. Est-ce une raison pour que ce pays casse les outils qu’il a patiemment et intelligemment conçus et qui ont fait son rayonnement international?

Les chercheurs du monde entier ont besoin que les institutions françaises de recherche et d’enseignement en sciences sociales et humaines bénéficient de tous les moyens de poursuivre leur œuvre.

 

Andrew Abbott (University of Chicago), Arjun Appadurai (The New School), Andrew Apter (University of California, Los Angeles), Emily Apter (New York University), Adam Ashforth (Northwestern University), Jonathan Bach (The New School), Keith Baker (Stanford University), Ron Barkai (Tel-Aviv University), Andrew Barry (University of Oxford), Howard S. Becker (chercheur indépendant), Jay Bernstein (The New School), Richard Bernstein (The New School), David Biale (University of California, Davis), Georgina Born (University of Cambridge), Philippe Buc (Stanford University), Marc Cavazza (University of Teesside, Middlesbrough), Aaron Cicourel (University of California, San Diego), James Clifford (University of California, Santa Cruz), Lawrence Cohen (University of California, Berkeley), John L. Comaroff (University of Chicago), Frederick Cooper (New York University), Lorraine Daston (Max Planck Institute, Berlin), Filip De Boeck (Catholic university of Leuven), Gerard Duveen (University of Cambridge), Nina Eliasoph (University South California), Gilles Fauconnier (University of California, San Diego), Irene Favaretto (Université de Padoue), Nancy Fraser (The New School), Peter Galison (Harvard University), Peter Geschiere (Université d’Amsterdam & Université de Leyde), Carlo Ginzburg (Scuola Normale Superior, Pise), Wlad Godzich (University of California, Santa Cruz), Jan Goldstein (University of Chicago),Peter Gose (Carleton University), Bruce Grant (New York University), Joseph Gusfield (University of California, San Diego), Jürgen Habermas (ancien directeur de l’Institut für Sozialforschung, Francfort), Tamar Herzog (Stanford University), Axel Honneth (Institut für Sozialforschung, Francfort), Lynn Hunt (University of California, Los Angeles), Eva Illouz (Hebrew University of Jerusalem), Saibou Issa (Université de Ngaoundéré, Cameroun), Hans Joas (Maw Weber Center, Erfurt & University of Chicago), Caroline A. Jones (Massachusetts Institute of Technology), Jack Katz (University of California, Los Angeles), Catherine Kudlick (University of California, Davis), Andrew Lakoff (University of California, San Diego), Michèle Lamont (Harvard University), Wolf Lepenies (Wissenschaftkolleg Berlin), Paul Lichterman (University South California), Claudio Lomnitz (Columbia University), Michèle Longino (Duke University), Helma Lutz (Goethe Universität, Francfort), Charles S. Maier (Harvard University), Liisa Malkki (Stanford University), Ted Margadant (University of California, Davis), Donald S. Moore (University of California, Berkeley), Rosalind Morris (Columbia University), Hans-Peter Müller (Humboldt-Universität zu Berlin), Valentina Napolitano (University of Toronto), Molly Nesbit (Vassar College), Emile Perreau-Saussine (University of Cambridge), Paul Rabinow (University of California, Berkeley), Hugh Raffles (The New School), William M. Reddy (Duke University), Aron Rodrigue (Stanford University), Jérôme Rousseau (Université McGill), Teofilo F. Ruiz (University of California, Los Angeles), Blair Rutherford (Carleton University), Günther Schlee (Max Planck Institute, Halle), Ludger Schwarte (Université de Bâle), William Sewell (University of Chicago), Susan S. Silbey (Massachusetts Institute of Technology), Eva Simantoni-Bournia (Université d’Athènes), Gavin Smith (University of Toronto), Ann Stoler (The New School), Ezra Suleiman (Princeton University), Judith Surkis (Harvard University), Ann Swidler (University of California, Berkeley), Charles Taylor (Université McGill), Jurgen Trabant (Freie Universität, Berlin), Eric Worby (University of the Witwatersrand, Johannesburg).

© Le Figaro

NB: le titre proposé au Figaro pour cette tribune était « Sciences sociales et humaines: la France commet une erreur ». Par ailleurs, la liste des signataires ici présentée est augmentée d’une vingtaine de signatures arrivées après la publication dans le Figaro.

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